Bernard Mendy à Hull City

16 Mai. 2014 – 10:32 – Par Hassen Gallah

Bernard Mendy : « Partout où j’allais, je n’entendais qu’une chose : Hull City »

Deux saisons durant, Bernard Mendy a évolué sous les couleurs orange et noir d’Hull City. À la veille d’une finale de Coupe d’Angleterre historique pour le club face à Arsenal, il est revenu sur sa période anglaise (2008/2010) pour Hat-trick. Le temps d’une mi-temps, il nous parle du KC Stadium, de Phil Brown ou encore de Jimmy Bullard. Il en profite pour nous livrer son pronostic sur la rencontre de demain.

On dit souvent que Hull est un des coins les plus horribles d’Angleterre, surtout comme grande ville. Qu’en est-il réellement ?
Horrible ? (rires) Non, non, même si c’est dans le nord vers Manchester, Leeds. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est horrible comme les gens le prétendent. C’est surtout le temps qui ressemble au temps breton (rires). Je débarquais de Paris donc c’est vrai que c’était un grand changement. Par contre en hiver, il y a des jours où tu ne vois pas du tout le soleil mais globalement ça allait.

En dehors du terrain, quelles étaient tes principales occupations ?
Je m’occupais principalement de ma famille. J’avais pas mal d’amis qui venaient de France car j’avais une grande maison mise à disposition par le club donc c’était assez simple de faire venir du monde. J’allais aussi souvent à Manchester voir Patrice Evra. Il y avait aussi Sylvain Distin et Anelka dans le coin ainsi que toute la compagnie francophone.

Première saison, 33 matchs joués pour deux buts inscrits et six passes décisives. Ce qui fait de toi le meilleur passeur de l’équipe. Ce fut une saison satisfaisante d’un point de vue personnel, non ?
Oui, sur le plan personnel ce fut une très bonne saison. D’ailleurs, pour ceux qui disaient que je centrais au troisième poteau, j’ai montré qu’en Angleterre ce n’était pas un problème étant donné qu’il y avait des grands joueurs qui étaient là pour prendre les ballons de la tête. C’était une première saison satisfaisante surtout que je venais de Paris même si j’avais déjà joué une saison en Premier League à Bolton (2002/2003). Cela a facilité mon adaptation et m’a permis de chambrer mes coéquipiers en français et en anglais (rires).

Et le KC Stadium ça donne quoi ?
Franchement, je dirais que le KC Stadium c’est un mini d’Ornano (ndlr, stade du SM Caen).

Comment ça ?
Dans le sens où c’est un stade fermé, compact. Les supporters sont chaleureux, supportent l’équipe à 200%, t’applaudissent même lorsque tu perds même si c’est le cas dans la majorité des stades anglais. Quand tu les vois porter ce maillot orange et noir, tu n’as qu’une seule envie : te donner à fond pour les remercier.

Bernard Mendy va marquer

Tu es rapidement apprécié par les fans. Comment cela se manifestait-il ?
En Angleterre, les gens aiment les joueurs qui se donnent à fond, taclent, gagnent les duels. Tout est multiplié par dix là-bas. Ce qui m’avait choqué, c’était lorsque je voyais Jay-Jay Okocha à Bolton. Il faisait des trucs de fou à l’entraînement qu’il reproduisait en match et là tu avais tout le public qui se levait et qui scandait son nom, je me suis dit : « Putain, c’est un truc de fou ! » C’était pareil à Hull, on avait un joueur brésilien qui s’appelait Geovanni et qui tirait dès qu’il en avait la possibilité. Même lorsque ça passait à côté, tu avais tout le monde debout et qui encourageait. Le public anglais est vraiment à part. Pour l’anecdote, lors d’un match à Old Trafford où l’on a perdu 4-3, je suis rentré à la mi-temps et j’ai vraiment bien joué. En rentrant chez moi, je regarde la télé et je tombe sur le résumé du match où je vois un drapeau français où est inscrit « Bernard Mendy, la légende ». Moi qui venait à peine de Paris, je suis resté bouche bée.

Il s’agissait de la première saison en Premier League du club en 104 d’histoire. Ressentais-tu une passion particulière ?
Carrément. Quand j’allais chercher ma fille à l’école, les gens venaient me voir pour me dire : « On est derrière vous ». Partout où j’allais, dans les magasins, dans la rue, tous n’avaient qu’une seule chose à la bouche : Hull City, Hull City, Hull City.

On regardait des extraits de L’enfer du dimanche avec Al Pacino qui parle à ses joueurs

Parle-moi de Phil Brown que tu as également côtoyé lors de ton prêt à Bolton lors de la saison 2002/2003. Un sacré phénomène…
Oui, un sacré phénomène car les gens le cataloguent par rapport au match face à Manchester City (26 décembre 2008) où il nous avait fait asseoir au milieu du terrain à la mi-temps pour nous engueuler. Il avait une telle personnalité et une telle confiance en lui que je le considère comme un très bon entraîneur. Le fait de l’avoir côtoyé à Bolton a vraiment été un facteur décisif au moment de rejoindre Hull. Sans lui, je n’aurai jamais porté le maillot des Tigers.

Justement, vous les joueurs, comment avez-vous ressenti cette façon de faire à la mi-temps face à Manchester City ?
Personnellement, c’était la première fois que j’étais acteur d’une scène pareille. C’est vrai qu’on avait pris une valise en première mi-temps, mais je pense que ça aurait pu être un signe fort si le monde du football l’avait accepté. Par contre, on s’était fait sacrément insulté (rires).

Bernard Mendy à Hull City

Jimmy Bullard disait de lui qu’il n’avait jamais rencontré un manager avec autant d’ambitions. Tu confirmes ?
Ah oui, oui. Pff, c’était abusé ! En plus, il était bon tactiquement, ç’est ça le pire. On ne bossait pas trop physiquement mais tactiquement, lorsque tu l’entendais parler, tu n’avais pas l’impression d’être Hull City. Les jours de matchs, il te sortait des phrases, des vidéos de L’enfer du dimanche avec Al Pacino qui parle à ses joueurs. Au final, quand tu rentres sur le terrain, tu bats les grosses équipes, notamment à Arsenal où ils n’avaient pas vu le jour. Tout cela grâce aux discours de Phil Brown. Fort le mec !

Est-ce que tu as déjà eu un entraîneur aussi souvent sanctionné pour mauvaise conduite ?
Il était tellement à fond derrière son équipe que parfois il y avait des injustices qui le faisaient sortir hors de lui. D’habitude, tu vois les arbitres qui viennent calmer l’entraîneur sur le banc mais lui ne se calmait pas. Il ne se calmait pas. Des fois, on venait lui dire : « C’est bon coach, ce n’est rien. » Mais rien n’y faisait, c’était un vrai sanguin.

Lors des neuf premières journées du championnat, vous vous retrouvez troisième à égalité de points avec Liverpool et Arsenal (respectivement 1er et 2e). Et malgré ce super début de saison, vous vous sauvez in-extremis avec un point d’avance sur Newcastle. Est-ce que le manque d’expérience en Premier League a été l’une des principales raisons pour lesquelles ça a moins bien marché ensuite ?
Oui, c’est sûr. Pourtant on avait des bons joueurs mais pas assez expérimentés. On en avait quelques-uns comme George Boateng et Marlon King qui est ensuite complétement parti en vrille et qui a fait de la prison (il éclate de rire). Je pense que le manque d’expérience, le fait d’être un petit club avec un petit budget ne nous ont pas aidés. Avec deux ou trois ans de plus derrière nous, on aurait beaucoup mieux résisté. Je pense sincèrement que l’équipe actuelle va rester longtemps en Premier League car c’est un bon club.

Tu viens d’évoquer Marlon King. L’effectif de Hull lors de ta première saison est composé de joueurs plus ou moins givrés avec le Jamaïcain en tête de liste (ndlr, qui a été condamné hier à 18 mois de prison ferme pour conduite dangereuse. Il avait percuté un motard et conduisait en zigzaguant tout en mangeant une glace).
Franchement, Marlon King était un bon ami ! C’était un mec super gentil même s’il pouvait péter un câble à n’importe quel moment. En plus, il avait son accent jamaïcain qui était assez marrant. Tout le monde disait de lui qu’il était fini pour le football après son passage en prison, mais il était revenu au top niveau. Il marquait des buts, très bon techniquement, il était souvent décisif. Par contre, il ne fallait pas lui prendre la tête. Le pire c’est qu’il était chambreur mais il partait au quart de tour.
Sinon, il y avait aussi le légendaire Dean Windass (ndlr, voir notre Hall of Fame de Hull City et les exploits de celui qui a pris trois cartons rouge dans le même match). Il avait un gros caractère en plus d’être balèze. Il ne fallait pas l’énerver, quand il ne jouait pas il était vraiment mécontent. C’était le vrai Anglais. Il mettait des coups à l’entraînement, mais au-delà de ça, l’ambiance était vraiment bonne dans le vestiaire. Il m’a même dédicacé son livre !

Dean Windass et Marlon King, deux poètes à leur manière

Votre deuxième saison à Hull ressemble à un cauchemar avec six victoires sur l’ensemble de l’exercice. Vous êtes relégué en Championship (D2). Brown est remercié avant la fin de saison et tu décides de mettre fin à l’aventure. Quel bilan tires-tu de cette période ?
La première saison était magnifique. C’était une vraie découverte pour le club. La deuxième était plus compliquée. Les adversaires nous connaissaient mieux et il nous aurait fallu un peu plus de temps pour mener à bien le projet de Phil Brown. Malheureusement, quand les résultats ne sont pas là, il y a souvent quelqu’un qui trinque pour les autres. J’ai été vraiment attristé par son départ.

Tu as joué avec Jimmy Bullard, un des grands personnages du football anglais de ces quinze dernières années. Il était vraiment si jovial, si taré que ça ?
Jimmy Bullard, oh la la la… Il est tout à la fois (il le répète deux fois). Waouh, quel joueur ! Un Anglais comme on les aime. Il gagnait des matchs à lui tout seul. Il n’était pas vraiment beau à voir jouer, mais il était toujours là au bon moment et il ne lâche rien. Techniquement, il est très, très fort et quelle frappe de balle ! Il se battait avec Geovanni pour tirer les coup-francs. Mais il est aussi taré, c’est un fou. Il ne fait que de rigoler, il est pire que moi je pense. Il est pire dans tout. Il chambre tout le temps, mais il est super gentil. Malheureusement, son genou n’a pas suivi. Il avait le plus gros salaire du club alors que le mec ne jouait pas, c’est pour te dire à quel point il était exceptionnel.

J’avais une masseuse russe. Elle passait à la maison les veilles de match pour me masser. Elle massait aussi ma femme, mais par contre c’était musclor, laisse tomber ! Au départ, j’ai eu son mari. Tu vois Arnold Schwarzenegger lorsqu’il était jeune baraqué ? C’était le même. Il était overbooké donc il m’a présenté sa femme. Premier massage : elle m’a démonté.

Et que dire de sa célébration imitant Phil Brown. C’était son plus beau coup de génie ?
Ah oui (rires) ! Je dois t’avouer qu’on l’avait prévu. On s’était dit que si l’un d’entre nous marque, il célébrerait son but de cette manière et c’est tombé sur lui. Cette vidéo a fait le tour du monde non ?

Enfin, d’une manière plus générale, est-ce que tu peux me parler des habitudes que tu avais là-bas ?
J’avais une masseuse russe. Elle passait à la maison les veilles de match pour me masser. Elle massait aussi ma femme, mais par contre c’était musclor, laisse tomber ! Au départ, j’ai eu son mari. Tu vois Arnold Schwarzenegger lorsqu’il était jeune baraqué ? C’était le même. Il était overbooké donc il m’a présenté sa femme. Premier massage : elle m’a démonté. Mais pour le match c’était bien, j’étais ultra souple (rires). J’ai eu de très bons rapports avec eux et leur fils. D’ailleurs, on s’envoie souvent des messages, elle me demande : « Tu as vu Hull ? » C’est une vraie fanatique !

Bernard Mendy

Si tu devais ressortir deux ou trois moments qui t’ont le plus marqué lors de ton passage à Hull, quels seraient-ils ?
Le moment où je signe mon contrat. J’avais eu Phil Brown juste avant car j’hésitais encore entre signer à nouveau à Paris ou partir en Angleterre. Il a vraiment été convaincant. Ensuite, l’accueil des supporters. Que ce soit pour moi ou pour ma famille, ils ont vraiment été formidables. Enfin, la communion que j’ai pu avoir avec les joueurs, les supporters et tout le staff. Quand j’ai marqué au KC Stadium, c’était vraiment énorme.

D’une manière générale, que penses-tu de la saison du club ?
Je suis très, très content que le club ait pu se maintenir et de sa qualification en finale face à Arsenal. En revanche, ne me demande pas qui je vais supporter. Je suis pour Wenger (rires) ! Je plaisante. Je suis pour Hull City bien évidemment car j’ai joué là-bas et que ça s’est super bien passé pour moi-même.

Le fait qu’Hull évolue en 3-5-2 peut-il gêner Arsenal ?
Oui, ça peut les gêner même si Arsenal est tellement fort. Que ce soit dans la conservation du ballon, dans l’intelligence de jeu… Ce sera un match haletant. Il faudra que les latéraux jouent bien le jeu car le 3-5-2 les oblige à multiplier les courses. Il faudra également avoir l’instinct du tueur devant les buts. La bataille du milieu sera aussi décisive. Arsenal est impressionnant dans ce secteur. Arteta, Wilshere, Diaby, Özil et le petit diable qui court de partout, qui marque de superbes buts…

Ramsey ?
Ramsey, purée ! Quel joueur, qu’est-ce qu’il est fort ! Je crois que lui c’est le plus relou. Il a vraiment un bel avenir et sans sa blessure, les Gunners auraient pu prétendre à mieux cette saison.

Un pronostic ?
1-0. Ça suffit, c’est parfait. Un but à la fin après avoir tenu tout le match. Un but à la 85e de Yannick (Sagbo). Un but d’un Français sera parfait pour rappeler des bons souvenirs aux supporters.

Voir la fiche de Hull City AFC

Commentaires sur “Bernard Mendy”

  1. Sebastien

    La relation supporters-joueurs me semble tellement différente en Angleterre, c’est vraiment fou. J’espère un jour avoir la chance d’aller assister à un match British et de ressentir cette ferveur!
    Plus que tout, j’apprécie dans tes interviews ce côté humain. On découvre vraiment une autre facette des joueurs, de leur mode de vie, de leur quotidien. Au passage, je n’avais pas fait attention au descriptif que tu donnes des clubs, et je trouve l’idée du Hall of Fame génial!

    Ps : Au moment de lire la courte bio de Dean Windass, je me suis posé la question : emballait-il des petits pois surgelés (légumes)ou des petits poids surgelés (fonte)? 😉

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    • Romain Molina

      Petit pois surgelés, merci d’avoir signalé la chose, j’ai corrigé !
      Les fiches clubs vont être mis en avant pendant l’intersaison car on a passé un temps fou dessus et je pense qu’elle mérite le coup d’oeil.

      Au passage, cette interview n’est pas de moi, mais de ce bon Hassen 😉

      Je te souhaite également de voir un jour un match au Royaume-Uni (je dis Royaume-Uni car il n’y a pas que l’Angleterre, le plus beau pays du monde compte aussi. Beauty Scooootlaaaaand)

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  2. Je ne peux que en rajouter par rapport aux commentaires précédents j’adore tous les interviews du site on apprend tellement de choses sur le foot d’en haut et d’en bas et sur la culture football du Royaume Uni. Merci encore et continuez!

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  3. roisin

    King « C’était un mec super gentil même s’il pouvait péter un câble à n’importe quel moment; la preuve: He was convicted of sexual assault and assault occasioning actual bodily harm, and sentenced to 18 months in prison and placed on the Sex Offender Register for seven years.

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