Maxime Colin avec Brentford

23 Mar. 2016 – 10:00 – Par Thomas Bernier

Maxime Colin : « On manquait de constance pour espérer mieux cette année »

Il fait partie de ceux qui sont passés entre les mailles des centres de formation. Mais à seulement 24 ans, Maxime Colin possède déjà une jolie expérience : arrivé cet été à Brentford en provenance d'Anderlecht, le latéral droit s'est rapidement acclimaté aux joutes du Championship. Pour Hat-Trick, il dresse un bilan plutôt positif de sa première saison en Angleterre, malgré les blessures.

Tout d’abord, peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours jusqu’à maintenant ?

Je m’appelle Maxime Colin, j’ai 24 ans et j’évolue au poste de latéral droit. Je joue à Brentford depuis cette saison. Je suis passé par Anderlecht l’année dernière. Auparavant, j’avais évolué à Troyes et Boulogne-sur-Mer. C’est ma sixième année en tant que professionnel. Au départ, je viens du monde amateur car je ne suis pas passé par un centre de formation, comme la plupart des joueurs. Mes parents ne voulaient pas forcément que j’aille dans un centre de formation, ils privilégiaient les études et l’obtention de mon bac.

On peut vraiment dire que j’ai brûlé les étapes

Quand je l’ai eu, ils ont accepté que je ne me consacre qu’au football. Je suis donc allé dans un sport-étude à Lens où les études avaient aussi une place importante. Je suis arrivé par la suite à Boulogne-sur-Mer, où j’ai joué la première année avec l’équipe réserve. La saison suivante, j’ai signé pro et tout s’est accéléré pour moi. Je suis passé du monde amateur à la Ligue 2 en un rien de temps. On peut vraiment dire que j’ai brûlé les étapes.

Début août, tu as quitté Anderlecht après une saison où tu as régulièrement joué. Quelles ont été les raisons de ton départ ?

Anderlecht est un super club avec d’énormes infrastructures, une histoire incroyable. C’est le meilleur club de Belgique. C’était une fierté de signer là-bas. Je suis content d’avoir passé une saison chez eux. Je pensais rester, mais l’offre de Brentford et les efforts que le club anglais avait pu consentir pour me faire venir ont beaucoup joué dans la balance. Il faut faire des choix à certains moments de notre carrière, et le mieux pour moi, c’était de partir en Angleterre. En plus, je pense que le Championship correspond mieux à mes qualités.

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Après une saison chez les Mauves, où il a connu la Ligue des Champions, le défenseur est allé découvrir la D2 anglaise à l’été 2015.

Était-ce une volonté réelle de partir en Angleterre ?

J’avais l’Angleterre dans un coin de ma tête, mais on ne sait jamais trop comment un mercato peut se dérouler. C’était une bonne surprise d’avoir reçu cette offre. Le jeu anglais est beaucoup plus ouvert et correspond davantage à mes qualités. Quand je jouais avec Anderlecht, les équipes fermaient constamment le jeu, il n’y avait pas beaucoup d’espaces et c’était compliqué pour le porteur de trouver des solutions. Le Championship est l’antichambre de la Premier League qui est le meilleur championnat au monde. À moi donc de bien travailler pour y aller  un jour, je l’espère en tout cas.

En arrivant là-bas, tu rejoignais une équipe réputée joueuse et qui sortait d’une saison faste, marquée notamment par une élimination en play-offs. Cela a pesé dans ton choix ?

Forcément, c’est plus facile d’aller dans un club qui a terminé cinquième, plutôt qu’un club qui joue la relégation en League One. Puis, le propriétaire du club est un passionné. Il met tous les moyens en œuvre pour que Brentford puisse monter dans les prochaines années en Premier League. Le club est structuré et le projet tient vraiment la route, c’est ce qui m’a plu de suite, malgré les nombreux départs à l’intersaison.

Comment s’est passé ton intégration en Angleterre, les présences de Toumani Diagouraga (parti depuis à Leeds) et Yoann Barbet ont sans doute eu un rôle important ?

Ils ont été d’une grande aide pour moi surtout qu’ils étaient déjà là depuis un moment. Ils connaissaient les habitudes du club et c’était vraiment un atout pour mon intégration. A l’heure actuelle, je peux dire que mon acclimatation est réussie. Leur présence a accéléré les choses, c’est indéniable. En revanche, je pars du principe qu’il faut toujours créer des contacts quand tu arrives dans un club étranger et ne pas toujours rester avec des mecs qui parlent ta propre langue.

Maxime Colin aura joué 14 matchs avec les Bees cette saison, avant de se blesser.

Tes premiers pas étaient prometteurs, mais une blessure au genou t’a éloignée des terrains pendant trois mois…

Oui effectivement, c’est ma première grosse blessure depuis que je suis professionnel. J’ai eu une rupture du ligament interne du genou droit qui m’a éloigné des terrains pendant trois mois. C’est dommage car à cette époque-là j’étais plutôt en forme, mais les blessures font partie du métier. Il faut savoir s’en accommoder. Je suis revenu rapidement et j’espère ne plus être embêté avec cette douleur.

Fin novembre, ton ancien coach Marinus Dijkhuizen a été remplacé par Lee Carsley (interim) puis Dean Smith, pendant ta blessure. Comment as-tu perçu cette arrivée ? Tu as eu peur qu’on ne te fasse pas confiance ?

Non. Le club m’avait fait venir et j’avais fait des bonnes choses auparavant, donc je n’ai pas forcément eu beaucoup de crainte. Après comme dans chaque équipe, il faut à chaque fois prouver qu’on est le meilleur à son poste. J’ai travaillé aux entraînements pour gagner ma place de titulaire.

On a eu trois entraîneurs en l’espace de quatre mois, c’est quand même rare

Mais c’est vrai que l’on a eu trois entraîneurs en l’espace de quatre mois, c’est quand même rare. Ceci dit, ça fait aussi partie du métier. On doit toujours s’adapter au coach, à ses envies, que ça soit au niveau de la tactique ou au jeu qu’il veut produire.

Actuellement, le club est dans une mauvaise passe avec seulement deux victoires en 2016. Comment justifies-tu cette série négative ?

 Le mercato d’hiver a été très mauvais pour nous. L’équipe a perdu quelques de titulaires importants (Diagouraga, Tarkowski, Jota…) et ils n’ont pas forcément été remplacés. En fait, beaucoup de joueurs souhaitaient partir et cela a dû créer des troubles dans le vestiaire, ce qui a peut-être occasionné les défaites successives en championnat. Elles nous ont surtout éloignés de notre principal objectif qui était d’aller en play-offs.

Maxime Colin s’apprêtant à entrer en jeu, à côté de son ancien coach Marinus Dijkhuizen, limogé après un mauvais début de saison.

Il reste une petite dizaine de journées et Brentford a raté le bon wagon. Quel constat fais-tu de cette place en milieu de tableau ?

On a souvent été septième ou huitième au classement, mais à chaque fois on échouait sur les matchs qui nous auraient permis de pouvoir accéder à une place pour les play-offs. Cela prouve que l’équipe n’était pas encore assez prête mentalement pour y arriver. On manquait de constance pour espérer mieux cette année. Les départs de certains joueurs clés ont probablement affaibli l’équipe, mais d’autres joueurs ont eu la possibilité de jouer et devaient montrer qu’ils pouvaient tenir leur place eux aussi, ça n’a pas toujours été le cas.

Il y a une forte probabilité que je me fasse opérer à la fin du mois de mars

Sur le plan personnel, je suis bien revenu après ma blessure au genou, j’ai enchaîné les rencontres avant de rechuter il y a deux semaines avec cette pubalgie. Je suis donc sur la touche. Il y a une forte probabilité que je me fasse opérer à la fin du mois de mars.

Chaque année, on a le sentiment que ce championnat monte en gamme, avec des équipes qui prônent un jeu au sol, en partie grâce à l’arrivée des entraîneurs européens. Après sept mois en Angleterre, quel regard as-tu sur le niveau du Championship ?

C’est un niveau très relevé avec des équipes comme Hull City, Middlesbrough, ou encore Derby County, qui sont des écuries de Premier League. Le Championship est vraiment physique sans compter le calendrier qui est impressionnant. Certaines équipes essayent de jouer au sol et d’autres jouent un jeu plus direct. A mon sens, c’est un championnat très hétérogène sur la manière de jouer. De notre côté, on prône ce jeu au sol, où le ballon est donné en première intention. Maintenant, cette intention de jeu nous dessert car nous avons des problèmes défensifs. Notre style est bon, on tient le ballon, mais les espaces sont trop présents. On prend un paquet de buts cette saison (59 en 37 matchs), j’espère vraiment qu’on va y remédier l’année prochaine.

Griffin-park
Griffin Park, autre fief londonien qui transpire le football vrai.

Vous êtes aussi portés par un épatant Alan Judge (14 buts, 9 passes). C’est un joueur que tu connais maintenant, peux-tu nous le décrire ?

Je ne le connaissais pas avant d’arriver à Brentford. C’est un super joueur et un très bon mec en dehors du vestiaire. Il est au top de sa forme et il arrive à maturité. Il marque beaucoup, il donne également quelques passes décisives. On a eu la chance de l’avoir cette saison, mais ça sera difficile de le conserver lors du prochain mercato. Il a tiré l’équipe vers le haut.

Malheureusement, il était un peu esseulé. Je pense que d’autres joueurs auraient dû prendre le relais à certains moments sur le terrain pour nous aider. Que tu sois attaquant, milieu, ou défenseur, chacun doit avoir un rôle de leader à sa façon et être décisif pour l’équipe.

Tu évolues à Griffin Park, un stade au cœur d’un quartier réputé « old school » (voir par ailleurs notre Culture Food #2 à Brenftord). Il a la particularité d’avoir un pub à chaque coin du stade. Que peux-tu nous dire au niveau de l’ambiance ?

En effet, on a une très vieille enceinte. Elle n’a rien à voir avec les grands stades que peuvent avoir certains clubs en Angleterre. On évoluera très bientôt dans un nouveau stade à partir de 2018. Mais en attendant, c’est un plaisir et une joie de jouer à Griffin Park qui est dans la pure tradition britannique.

On n’a pas de loges présidentielles, les gens qui viennent ici adorent le foot et viennent pour nous encourager

On n’a pas de loges présidentielles, les gens qui viennent ici adorent le foot et viennent pour nous encourager. Ils ne viennent pas exclusivement pour voir un spectacle comme on peut le constater dans d’autres enceintes. En plus, j’ai une chanson que les supporters ont créé pour moi. J’ai l’honneur de l’entendre à chaque partie. C’est forcément plaisant et c’est un signe de reconnaissance pour le travail accompli.

Le chant à la gloire du Français a été entonné en déplacement à Preston

Pour conclure cette interview, que retiens-tu de ces premiers mois sur le sol anglais ?

Ils ont été très positifs. Malheureusement les blessures ont un peu terni ma saison. Malgré ces pépins, le club, les dirigeants, les joueurs, les fans et la ville de Londres sont vraiment tops. Je ne suis pas déçu. Brentford est un club en devenir et j’espère que le club montera dans les prochaines années en Premier League car tous les ingrédients sont présents pour réussir.

 

(Photo de une : Matthew Lewis/Getty Images)

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