NouhaDicko

20 Jan. 2016 – 10:28 – Par Alexandre.J

Nouha Dicko : « Je me dis qu'il y a pire dans la vie, que j'ai la chance de faire du foot »

Écarté des terrains depuis fin août suite à une grave blessure, Nouha Dicko (23 ans) poursuit sa rééducation et vit de l'extérieur la saison de Championship. Pour Hat-Trick, l'attaquant des Wolves donne quelques nouvelles et pose un regard sur l'exercice 2015/2016.

Retour sur la saison dernière

En termes de buts, ça va, ce n’est pas trop mal. Je me sentais bien dans l’équipe. Après, je pense que j’aurais pu faire un peu mieux, mais au final je suis assez satisfait d’avoir marqué 14 buts en Championship. Surtout que j’avais eu deux petites blessures donc j’ai loupé deux mois de compétition au total. Le fait de louper les play-offs de si peu (ndlr, à égalité de points avec Brentford et Ipswich, les Wolves ont terminé 8emes au goal-average) c’était beaucoup de frustration. Au vu de l’effectif qu’on avait et de ce qu’on arrivait à faire face aux grosses équipes, on a de quoi être déçus. Comme d’habitude dans ce championnat, la montée s’est vraiment jouée à pas grand-chose. Sur le contenu, je pense que certaines équipes n’étaient pas meilleures que nous mais qui ont terminé mieux classées. Il y avait Bournemouth qui était quand même au-dessus et qui nous avait vraiment posé des problèmes, mais sinon on méritait de finir dans le top 6.

Avec 78 points, je crois qu’il y a deux ou trois saisons, Hull City était promu directement alors que l’an dernier on ne fait même pas les play-offs avec ce total…

La saison dernière en Championship, c’était vraiment agréable à suivre. C’était serré de partout ! Avec 78 points, je crois qu’il y a deux ou trois saisons, Hull City était promu directement (ndlr, la saison 2012/2013, Hull est monté en Premier League avec 79 points) alors que l’an dernier on ne fait même pas les play-offs avec ce total… C’est dire si c’était serré et si c’était une très bonne saison de Championship. On peut avoir des regrets sur certains matchs, où on mène 3-0 et on se fait rattraper 3-3, ou d’autres comme à Birmingham où on gagne 1-0 et on perd 2-1.

Si on allait en play-offs, ça allait compliqué c’est sûr, mais à ce stade il n’y a plus vraiment de favori. Tu ne sais pas à quoi tu peux t’attendre. Regarde cette année, Brighton a été premier pendant trois ou quatre mois et absolument personne ne s’y attendait. Le Championship c’est un marathon comme on dit, et je crois que c’est aussi une question de forme et de confiance.

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Wolverhampton se retrouve orphelin de son trio magique Sako – Afobe – Diko et devra cravacher jusqu’au bout pour accrocher les play-offs.

Le départ de son pote Bakary Sako

Quand tu perds un joueur de ce niveau là, c’est sûr que c’est embêtant. Ça fait un gros vide pour l’équipe, c’est un super joueur et un super gars. Là, il est à Crystal Palace mais je suis sûr qu’il peut jouer dans un club encore meilleur, genre Tottenham. Bakary, c’est un ami sur et en dehors du terrain, on aimait bien jouer ensemble, je lui disais comment j’aimais recevoir le ballon et ça collait avec son style de jeu.

C’est vrai que quand il est parti, on s’est un peu demandé comment on allait faire pour le remplacer. Mais à côté de ça, il faut aussi avoir confiance en ses autres coéquipiers. Pour moi, c’était aussi l’occasion de m’affirmer et de prendre un peu plus de poids dans l’équipe. Malheureusement, cette blessure est arrivée (ndlr, ligaments croisés fin août).

La préparation en France pour bien débuter, puis la blessure

Ça m’a fait super plaisir de faire la prépa en France. En plus c’était à Clairefontaine, que je connaissais assez bien, parce que quand j’étais petit j’avais fait des tests là-bas et j’étais aussi revenu plusieurs fois pour jouer la coupe nationale. Ça m’a rappelé de bons souvenirs. C’était marrant ce regard en arrière : le temps est passé, et aujourd’hui je reviens en tant que pro, avec mon équipe de Wolverhampton. En plus, j’ai joué contre des équipes françaises, dont le Paris FC, une équipe bien parisienne. Là-bas il y avait un ancien coéquipier, Samuel Yohou que j’ai connu à Strasbourg, c’était sympa. Puis la famille et des amis sont venus, et même un ancien recruteur de Strasbourg, qui m’avait fait venir à l’époque. Ça, ça m’a vraiment fait plaisir.

Je me blesse en début de saison, contre Charlton. J’ai direct senti que c’était pas bon, ça m’avait vraiment fait mal. J’ai compris que c’était quelque chose de grave parce que je n’avais jamais ressenti de douleur comme ça. C’est ma première grosse blessure. Forcément, ça te met un coup derrière la tête. Tu as envie de bien faire, tu as plein d’objectifs et tu sais que tu ne vas pas pouvoir les réaliser avec ton équipe. Mais j’essaye de relativiser. Je me dis que dans la vie il y a pire, que j’ai la chance de faire du foot. De toute façon, je sais que les choses rentreront dans l’ordre à la fin. C’est sûr que quand on voit tous les mois qu’il y a avant de rejouer, c’est dur. Faire le Boxing Day à la maison, ça m’a fait bizarre. Le programme est surchargé et tu te retrouves à ne plus rien faire. C’est là que tu te rends vraiment compte que tu es blessé : tout le monde est excité dans le pays, c’est la ferveur de Noël, et toi tu restes à la maison.

J’ai commencé ma rééducation au club, j’en suis bientôt à quatre mois et demi, et je vais peut-être la poursuivre à Clairefontaine. C’est moi qui leur ai proposé. Momo Diamé (ndlr, milieu de Hull City) y était allé aussi et m’en avait parlé. Ça pourra me permettre d’être à coté de ma famille et ça fait toujours du bien quand ils sont là. Ce n’est pas forcément nécessaire, mais c’est quelque chose que j’aimerais faire donc j’ai demandé au club et ils sont d’accord normalement.

Je suis de nature un peu impatiente, à toujours faire les choses vite. Cette fois, j’ai vraiment envie de prendre mon temps. Le mieux pour moi, c’est de revenir à la préparation de la saison prochaine.

Là, la prochaine étape c’est de reprendre la course petit à petit. Ça avance assez bien. J’arrive un peu à danser donc ça va (rires). Le club est plutôt relax avec ça, ils me laissent des jours de repos. Fin octobre, début novembre, j’ai pu partir en vacances à Dubaï. C’est important d’avoir ces coupures parce que le temps passe lentement. Mais on m’avait quand même donné un programme, que je respectais. C’était un jour sur deux, j’allais à la salle, ça ne me dérangeait pas du tout.

Mes coéquipiers, je les vois tous les jours aux entraînements. Certains ont eu cette blessure avant moi donc ils m’ont donné des petits mots d’encouragement et m’ont conditionné, m’ont expliqué comment ça allait se passer. Après l’opération tu es un peu en état de choc, tu stresses de savoir comment ça va se passer. Des mecs comme Benik (Afobe), James Henry ou Grant Holt, qui ont connu ça, m’ont guidé. On se sent coupé du groupe parce qu’on ne peut pas faire le boulot qu’on aime, mais tu as du soutien. Je suis de nature un peu impatiente, à toujours faire les choses vite. Cette fois, j’ai vraiment envie de prendre mon temps. Le mieux pour moi, c’est de revenir à la préparation de la saison prochaine. Si je peux revenir avant, c’est un bonus. Mais je veux être sûr que tout soit ok pour que tout ça ne soit plus qu’un mauvais souvenir, au lieu de traîner une blessure sur le reste de ma carrière.

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La première grosse blessure de Nouha l’a stoppé dans son élan, mais le joueur se veut positif.

Son œil sur la saison actuelle des Wolves

L’objectif des play-offs est tenable. On vise la montée. Après, il faut savoir que l’objectif de la moitié des clubs en D2, c’est la montée ! (rires) Notre parcours est en dents de scie, on a du mal à être consistant. On gagne et après on retombe dans nos travers donc ça ne nous aide pas à remonter, surtout que les équipes en haut cartonnent. Là, l’équipe est revenue sur une bonne dynamique, avec quatre victoire d’affilée (ndlr, entretien réalisé avant la défaite des Wolves samedi contre Cardiff (1-3), à domicile). On a une bonne équipe, j’en suis convaincu. On reste compétitifs. Tu as Kevin McDonald, qui est vraiment un super joueur, Jack Price, Jordan Graham qui fait son trou dans l’équipe. Et Dominic Iorfa aussi. Lui, il est impressionnant. Il est costaud, grand, il va vite. Techniquement, il peut progresser mais il fait vraiment de bonnes choses pour un latéral. Il n’a que 20 ans et à ce poste-là il a un gros avenir. En Championship, je ne sais pas quel latéral droit est vraiment au-dessus de ses performances.

À notre niveau, les moyens sont équivalents à la plupart des clubs de Ligue 1 si ce n’est au-dessus pour certains.

Pour la montée ? Je vois bien Middlesbrough. Ils sont vraiment costauds, ils ont bien recruté. Ils ont mis les moyens pour y arriver. Cette année, je mettrais bien une petite pièce sur Derby County aussi. Là, je les sens prêts à monter. L’an dernier ils étaient costauds mais ont flanché sur la fin. Ce n’est pas si étonnant de voir une équipe craquer, le Championship est vraiment un championnat relevé. Ça restera toujours un championnat très physique, mais chaque année il y a de bons joueurs techniques qui viennent et ça élève régulièrement le niveau. Quand on voit par exemple Watford, qui est monté en PL et qui s’en sort vraiment pas mal. Norwich pareil. Puis tout le monde peut acheter de bons joueurs. D’ailleurs, ça n’est pas une bonne nouvelle pour les clubs de Ligue 1, qui ont des joueurs qui sont pistés par des clubs de seconde zone de Premier League ou même de Championship.

À notre niveau, les moyens sont équivalents à la plupart des clubs de Ligue 1 si ce n’est au-dessus pour certains. Dernièrement j’ai vu que Bristol City (ndlr, promu en D2 cette année) s’était intéressé à Claudio Beauvue. Ça m’avait vraiment étonné, en face c’est quand même l’Olympique Lyonnais, Beauvue sortait quand même d’une bonne saison avec Guingamp… Un buteur reste un buteur. Il aurait très bien pu s’en sortir en Angleterre, même si beaucoup s’y perdent. J’ai le souvenir de Diafra Sakho, qui est sorti de Metz en Ligue 2 et s’est retrouvé à West Ham et ça a bien marché pour lui là-bas.

Si les Wolves soufflent le chaud et le froid cette saison, ils gardent quelques bons éléments comme Kevin McDonald, auteur d’un but plutôt joli en septembre (à partir de 0:44)

Son avis sur Benik Afobe, parti jouer en Premier League

Il avait des statistiques dingues, donc il est arrivé confiant. Quand tu montes d’un niveau, tu as la pression (ndlr, l’ancien Gunner est arrivé en provenance de MK Dons, alors en D3, en janvier 2015). Les gens vont commencer à regarder comment tu t’en sors. Il a continué à marquer et ça ne m’a pas étonné. C’est un mec physique mais qui a aussi une technique vraiment fine. Avec lui, ça a cliqué direct parce que c’est vraiment un bon gars. Je savais qu’il pouvait nous tirer vers le haut. Je ne l’ai pas vu comme une concurrence négative, plutôt comme quelque chose de positif parce que c’est comme ça que tu progresses. Après, bien sûr comme chaque footballeur tu te dis « Ok, il y a un nouvel attaquant, il va falloir monter que je suis là aussi » et c’est ce qu’il s’est passé donc c’était bien pour l’équipe.

Bournemouth c’est une équipe joueuse, qui n’hésite pas à attaquer et qui a pour moi un des meilleurs managers en Angleterre. Il y a tous les ingrédients pour qu’il s’éclate.

Je pense qu’à Bournemouth ça va le faire pour lui. Je sais comment il est, c’est vraiment un top joueur. Bournemouth n’est peut être qu’une étape pour lui, il va aller encore plus haut je pense. Il n’a que 22 ans donc il a de la marge pour progresser. En plus, Bournemouth c’est une équipe joueuse, qui n’hésite pas à attaquer et qui a pour moi un des meilleurs managers en Angleterre (ndlr, Eddie Howe). Il y a tous les ingrédients pour qu’il s’éclate. À Arsenal, Benik aurait peut-être pu faire comme un Harry Kane avec Tottenham : un gamin formé au club, à qui on donne sa chance et qui devient un élément clé de l’équipe. Ça ne m’étonnerait même pas que dans le futur il retourne à Arsenal, à condition qu’il continue.

Propos recueillis par Alexandre Jehannin (@Turonorum)

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