Rom Vincelot avec Coventry

14 Jan. 2016 – 10:25 – Par Alexandre.J

Romain Vincelot : « Joe Cole, c'est le premier à se faire chambrer »

Indéboulonnable dans sa nouvelle équipe de Coventry, avec qui il lutte pour l'accession en Championship, Romain Vincelot (30 ans) poursuit sa carrière avec un plaisir non feint. Pour Hat-Trick, la plus belle barbe de Football League nous décrypte sa mi-saison et les coulisses d'un groupe en osmose, encadré par un entraîneur irréprochable.

Je me sens super physiquement, j’ai joué tous les matchs de championnat en entier, hormis peut être un ou deux match où je suis sorti à dix, vingt minutes de la fin. De toute façon, quand tu es dans une bonne équipe qui gagne, ça aide automatiquement à rester frais dans la tête et dans le corps.

Le chirurgien qui m’a opéré était plutôt bon je crois : je n’ai jamais eu de moment de doute, ou de petites douleurs qui reviennent (ndlr, il avait subi une blessure à un ligament du genou en mars 2015). C’est vrai que le premier entraînement où il commence à y avoir du jeu, tu l’attends un peu. C’était en juin, quand j’étais encore à Leyton Orient. Tu fais ton premier tacle et tu te dis « Ok c’est bon, c’est passé » et après tu n’y penses plus, dans la tête la barrière est franchie. Le premier vrai gros, où tu y vas un peu comme un sauvage comme je peux y aller de temps en temps, s’il passe c’est bon (rires).

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En rejoignant Coventry et sa Ricoh Arena, Romain a découvert un sleeping giant qui ne demande qu’à être réveillé.

Tony Mowbray, entraîneur à succès

Quand j’ai signé à Coventry, le fait qu’il y ait Tony Mowbray apportait une caution. Un coach comme ça n’allait pas venir en League One pour se faire chier (rires). Ça montrait que le club avait vraiment des intentions de jouer la montée. C’est pour ça que c’était intéressant. Même s’ils n’ont pas encore des moyens énormes, le manager arrivait avec son nom, dans un club avec un statut de sleeping giant, comme ils disent ici. Et le stade est immense (ndlr, 32 600 places), ça te montre que tu es dans une autre dimension, entre guillemets. Ça n’est pas encore plein, loin de là, mais ça fait du bruit. Je crois que notre meilleure affluence est autour de 18 000 (ndlr, 17 779 personnes pour la réception de Port Vale lors du traditionnel Boxing Day, qui enregistre toujours d’excellentes affluences). Pour de la League One, c’est déjà énorme mais on espère que ça va venir de plus en plus car on a passé la mi-saison et on est plus que jamais en course pour la montée.

Il a une culture tactique vraiment énorme. Il nous donne des clés pour renverser certaines situations à la mi-temps, juste en voyant ce qu’il nous manque ou les faiblesses de l’adversaire.

Puis Mowbray a entraîné Middlesbrough, le Celtic, West Brom… C’est du costaud. Tu vois qu’il a un passé de joueur et de manager au plus haut niveau. Il a une culture tactique vraiment énorme. Il nous donne des clés pour renverser certaines situations à la mi-temps, juste en voyant ce qu’il nous manque ou les faiblesses de l’adversaire. Ça se ressent car on joue un très bon football, et tactiquement on est bien en place. Puis, il a le mérite d’avoir amené des joueurs avec un très bon état d’esprit, des supers professionnels, d’autres avec un très jeune âge. Il a une équipe avec un bon mix : expérience, jeunesse, enthousiasme. Il y a de tout, et il agit différemment avec chaque joueur. Tu sens qu’il veut vraiment cerner la personnalité de son groupe et tirer le meilleur de chacun.

Avec mes entraîneurs, je ne parle pas énormément, pourtant ça s’est toujours bien passé. Il apprécie ce que je fais et me fait jouer tous les matchs donc forcément on s’entend bien (rires). Puis il laisse les joueurs s’expimer, il est conscient de ce qu’il demande : de créer des choses, de prendre des risques. Mais à côté de ça il ne va pas les engueuler s’ils perdent un ballon. Parce que certains entraîneurs sont comme ça ! Ils disent « Créez, allez-y, passez votre défenseur, tirez au but ! » et si tu gardes un peu trop le ballon ils t’assassine derrière. Alors que là, en gros, les quatre de devant ont carte blanche.

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L’entraîneur des Skyblues joue un rôle central dans la réussite de son équipe.

Fleur de l’âge

Moi, je suis content sur le plan personnel. J’ai du bagage en plus, je continue à apprendre et c’est un vrai plaisir. Si je suis dans la fleur de l’âge ? J’arrive à 30 ans et j’arrive à gérer aussi bien mes matchs que mes entraînements. Donc j’espère encore durer bien cinq ou six ans avant de faner (rires). Puis, c’est une sensation agréable d’être meilleur sur tous les tableaux. Depuis que je suis arrivé en Angleterre, je sens la différence. Les situations que tu vis te font t’améliorer en tant qu’homme et en tant que joueur. De toute façon, je considère qu’il n’y a pas de limite : tu continues à appendre à 30, 31, 32 ans si tu es dans le bon état d’esprit. Je le vois avec certains joueurs que je côtoie comme Sam Ricketts, qui est notre capitaine. Il a 34 ans et il bosse comme un malade, il aide beaucoup l’équipe. Il continue à progresser dans une autre manière, en tant que leader.

Joe Cole ? C’est le premier à se faire chambrer. On a vite compris que malgré tout ce qu’il a gagné, il était comme nous au final. Il vient pour prendre son pied et c’est une bonne leçon pour les plus jeunes : le mec a tout connu et est encore à l’écoute.

Ce sont de bons exemples, comme Joe Cole, qui ont juste envie de s’éclater et d’aider l’équipe, toujours dans ce souci du collectif. En Angleterre, c’est carrément une légende et c’est impressionnant comment il est humble. Il passe énormément de temps au club, on mange ensemble et ça déconne tout le temps. C’est le premier à se faire chambrer. On a vite compris que malgré tout ce qu’il a gagné, il était comme nous au final. Il vient pour prendre son pied et c’est une bonne leçon pour les plus jeunes : le mec a tout connu et est encore à l’écoute. Il rate une passe ? Il va se démener pour récupérer le ballon. Puis attention, à 34 ans il n’a peut être plus le coup de rein, mais il passe encore des joueurs balle au pied, ça il n’y a pas de problème (rires).

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Le Poitevin a trouvé un bon mélange entre anciens et jeunes talents. Et peut apprécier les arabesques d’un certain Joe Cole.

Le point sur ses coéquipiers

Le plus impressionnant ? Je dirais deux : Adam Armstrong (ndlr, prêté par Newcastle) surtout quand tu considères son âge. Le mec a 18 ans, il en est à 16 buts en 23 matchs… Et un autre, formé au club, James Maddison. Lui, c’est du lourd. Il sera un star de Premier League s’il continue comme ça. Il a un talent énorme, franchement c’est un des joueurs les plus talentueux que j’ai pu côtoyer. Armstrong, c’est vraiment un buteur d’instinct. Il était déjà très fort même avant qu’il commence à enchaîner les buts, à l’entrainement, dans ses prises de balle. Je pense qu’il continuera à l’être, ici où ailleurs. Si on peut le garder, ça serait super.

C’est ça que j’aime bien à Coventry : il y a beaucoup de jeunes joueurs et tous sont dans le bon état d’esprit (il insiste). Même si ce sont des gars en prêt de Premier League. Certains pourraient avoir un petit peu le melon, parce qu’ils sont dans des clubs de Premier League. Mais ils ont tous faim, ils écoutent les plus vieux. Il n’y a pas de branleur, c’est agréable de bosser avec eux. En plus, c’est gratifiant pour toi parce que tu te dis « Si je peux jouer une petite part dans ce qu’ils veulent devenir plus tard, ça serait cool ».

Il n’y a pas de branleur, c’est agréable de bosser avec eux. En plus, c’est gratifiant pour toi parce que tu te dis « si je peux jouer une petite part dans ce qu’ils veulent devenir plus tard, ça serait cool ».

Là, on a signé deux joueurs récemment : Stephen Hunt (ndlr, 34 ans, ancien international irlandais) et Peter Ramage (ndlr, 32 ans, passé par Newcastle, QPR, Crystal Palace) pour renforcer le groupe. Ce sont des gars d’expérience, comme Marc-Antoine Fortuné peut l’être. « Marco », il nous fait du bien quand on a besoin d’un peu plus de poids en attaque. Il est bien costaud, puis il galope ! Là, il ne joue pas trop en ce moment car on ne joue qu’avec un seul attaquant de pointe et Armstrong est en pleine bourre.

Derrière, on a perdu l’ancien capitaine Réda Johnson sur blessure (ndlr, out depuis mi-octobre et pour le reste de la saison certainement). Ça a fait chier, parce c’est quelqu’un de super apprécié en tant que joueur et en tant que personne. En plus, pas de bol : on a réussi à lui trouver un très bon remplaçant, Ben Turner, qui venait de Cardiff en prêt. Le même genre de joueur, pas loin de 100 kilos. Une grosse bestiole (rires). Sauf que le pauvre s’est fait la cheville et est reparti. On a été un peu malheureux niveau blessures : notre défenseur central Aaron Martin s’est blessé récemment et sera absent quatre semaines. Mais on a une profondeur de banc donc on peut compenser les quelques pertes : notre arrière gauche est passé dans l’axe et on a deux jeunes en tant que latéraux. Ça se passe bien.

Prêté par Newcastle, Armstrong (18 ans) fait des merveilles

La D3 anglaise et son évolution

La League One, ça a vachement évolué. Il y a eu une influence énorme des managers de la nouvelle génération, qui ont compris comment le football européen fonctionnait. Pas mal d’équipes essaient de jouer au ballon, il y a beaucoup moins de kick and rush comme avant. C’est pas mal, tu as des équipes joueuses et ça maintient en même temps le rythme anglais, donc c’est vraiment intéressant. Il y a de plus en plus de bons joueurs et ça va continuer car certains joueurs de top divisions étrangères n’hésitent pas à aller en Championship. Ils ne vont même plus chercher à signer en Premier League. Du coup, ça dégouline : certains ne jouent pas en D2 et viennent en League One. Puis, Wigan, Sheffield United, Millwall, Coventry… Il y a de grosses écuries ici.

C’est intéressant de jouer contre ce genre d’équipes, c’est un vrai challenge quand tu aspires à jouer plus haut. Tu ne peux pas les presser n’importe comment car sinon tu te retrouves passé en deux-deux. C’est un bon test si on se retrouve en Championship l’an prochain, ce que j’espère. On joue Walsall mardi (ndlr, l’entretien a été réalisé dimanche. Coventry a concédé le nul 1-1) et Burton samedi à domicile. Si on gagne les deux on a des chances d’être leader.

Et les promus s’en sortent bien aussi. Des équipes comme Southend (9eme, ndlr) et Burton (le leader, ndlr) ont l’habitude de jouer ensemble et savent ce qu’elles font. C’est bien structuré, les joueurs se connaissent bien les uns les autres. Le niveau est relevé, c’est toujours compliqué de jouer contre eux. Ce ne sont pas des équipes très impressionnantes avec le ballon mas elles sont hyper disciplinées. Pour la montée ? Je vois Coventry bien sûr, Wigan et peut être bien Walsall. Pour la descente… (il hésite) Crewe, Colchester, Shrewsbury et Oldham.

Bonus Warwickshire

On habite à Leamington, une petite ville super mignonne. Ça bouge bien et on s’y plait bien. Il y a pas mal de petits trucs dans les alentours. Stratford, par exemple. C’est la ville ou Shakespeare est né, du coup il y a un théâtre. On y est pas encore allé mais ça ne va pas tarder. Puis, il y a une rue commerçante à Leamington et j’ai trouvé un caviste qui est vraiment super ! Il y a aussi un boucher qui est juste en face, quand j’ai vu ça j’étais refait (rires).

 

Propos recueillis par Alexandre Jehannin (@Turonorum)

(Re)lire notre entretien de mi-juillet, après sa signature à Coventry

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